Le Bouclier de Brennus, que les rugbymen appellent familièrement « le bout de bois », est bien plus qu’un trophée : c’est la relique sacrée du rugby français. Créé en 1892 pour récompenser le champion de France de rugby à XV, il fut imaginé, selon la tradition, par Pierre de Coubertin et réalisé par Charles Brennus, graveur, dirigeant sportif et président du SCUF, ce club parisien qui, ironie de l’histoire, n’a jamais remporté le précieux trophée.
Le premier nom inscrit au palmarès fut celui du Racing Club de France, vainqueur de la toute première finale du championnat de France en 1892, à une époque où le rugby hexagonal n’en était encore qu’à ses balbutiements et se jouait surtout entre clubs parisiens. Depuis, le Bouclier a traversé les époques, les guerres, les réformes du championnat, l’arrivée du professionnalisme et la naissance du Top 14, sans jamais perdre son prestige.
Chaque printemps, il redevient l’objet de toutes les convoitises, celui que les joueurs rêvent de soulever au terme d’une saison de coups, de sueur et de ferveur populaire. Le club qui l’a remporté le plus souvent est le Stade Toulousain, devenu la grande dynastie du rugby français avec 25 titres de champion de France, devant le Stade Français et l’AS Béziers. Derrière son apparence presque rustique, ce bouclier fixé sur son socle de bois raconte donc plus d’un siècle d’ovalie, de clochers, de rivalités régionales et de gloire nationale. Il n’est pas seulement remis au vainqueur : il consacre une maison, une ville, une génération.

L’Équipe de Toulouse est en tête du palmarès avec 25 titres ; don ce soir 4 à la suite.
Luc Boutet