Le texte, objet des négociations en cours, selon l'agence Reuters, reste suspendu à l’approbation finale du président américain, signe d’une Maison-Blanche partagée entre l’urgence de désamorcer l’incendie et la crainte d’apparaître faible face à l’Iran.
La difficulté de Trump tient à sa propre rhétorique. Après avoir martelé qu’il n’y aurait pas d’accord sans reddition iranienne, il doit maintenant composer avec la réalité d’un conflit coûteux, instable, dangereux pour le détroit d’Ormuz et politiquement explosif aux États-Unis. Le président veut pouvoir dire qu’il a empêché Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire, mais il sait qu’un compromis trop visible avec les mollahs donnerait des munitions à ses adversaires républicains les plus durs. À l’inverse, poursuivre la confrontation risquerait de renchérir l’énergie, d’épuiser l’opinion et de l’enfermer dans une guerre qu’il n’avait pas vendue comme une aventure longue.
C’est là toute l’ambiguïté trumpienne : vouloir la paix, mais sous les traits d’une victoire. Washington exige notamment des garanties sur l’uranium hautement enrichi, la liberté de navigation et la désescalade régionale ; Téhéran, lui, cherche des allègements de sanctions et une reconnaissance implicite de sa capacité à tenir tête aux États-Unis. D’après le Wall Street Journal, les deux camps auraient les « bases » d’un accord, mais celui-ci dépend encore d’arbitrages politiques plus larges, y compris régionaux.
Les hésitations de Trump révèlent donc moins une absence de stratégie qu’un conflit entre deux impératifs contradictoires : terminer la guerre pour éviter l’enlisement, ou la prolonger assez pour imposer une sortie théâtrale, exploitable devant ses électeurs. Dans cette affaire, le président américain cherche moins un cessez-le-feu qu’un décor de capitulation.
Et c’est précisément ce décalage entre diplomatie réelle et mise en scène de puissance, qui retarde aujourd’hui la fin du conflit.
Luc Boutet